FOUMBAN

FOUMBAN : LA CITE TOURISTIQUE S’ECHAPPE DE SES RUINES

Plus de 600 ans après sa création par Share Yen, Foumban s’est artistiquement façonnée sur des ruines. Et se présente comme l’une des villes les mieux sollicitées par la modernité.

Auparavant étaient les Ben. Ils avaient alors déserté le secteur, au profit d’un certain Sharé Yen, un prince tikar. Certainement mû par les luttes coloniales de recherche d’espace vital de l’époque, ce dernier ne va pas perdre de temps, va s’emparer et s’installer, triomphalement sur le trône du royaume. Il appelle son territoire “Fomba Ben”, en référence aux “terres abandonnées des Ben” ou aux “ruines du peuple Ben ”, tel que l’exprime la langue locale. Le royaume Bamoun est né, et il en est le premier monarque.

Comme toute cité naissante, sa construction s’est faite, non seulement suivant une logique guerrière des conquêtes de territoires, mais aussi grâce au dynamisme de la cour de l’époque. L’on sait aujourd’hui que, tout au long de la construction de la dynastie bamoun, il y a eu des rois très intelligents qui se sont succédé à sa tête. Les hommes proches du palais royal citent, avec une certaine nostalgie, le roi Njoya qui mûrissait de grandes idées de développement. Mais, sans pouvoir réaliser les grandes ambitions qu’il nourrissait pour son peuple, il va subir les vicissitudes du colonialisme, avec l’arrivée des Européens. L’on est à l’article de l’année 1900.

Haine française.
Deux communautés de la race blanche investissent le royaume. Les Allemands et les Français. La colonisation allemande fut de courte durée, ils avaient une envie beaucoup plus touristique, avec cependant, un vraisemblable penchant pour les mirages divins. Une inclinaison matérialisée par l’implantation de la religion protestante. Tout le contraire des Gaullois, dictateurs et possessifs dans leur démarche impérialiste. Sous eux, “Fomba Ben” devient Foumban. L’écriture, inventée par le roi Njoya connaît des contorsions. Le Nguon, manifestation historique d’expression culturelle bamoun, est interdit. Les rivalités de pouvoir entre l’administration française et le royaume font rage. Les Français finissent par obtenir l’exil du monarque rebelle en 1931 à Yaoundé, où il meurt deux années après. Les Bamoun, jusqu’à nos jours, en gardent d’ailleurs un très mauvais souvenir, en ceci que “Cela avait créé une déstabilisation totale du territoire. C’est une colonisation que nous ne sommes pas prêts à oublier ”, pense le sultan, roi des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya, rencontré en cette matinée de lendemain d’élection présidentielle, royalement installé devant son palais. C’est entre 1957-1959 que le Français, Pierre Mesmer, gouverneur colonial, a quitté le pays bamoun, à la veille des indépendances en Afrique.

Cette ville a donc évolué, à sa manière, jusqu’à ce que le pays obtienne son indépendance. C’est une cité qui s’étend sur une superficie de 150 km_ de zone urbanisable, avec plus de la moitié occupée par les 165 000 habitants dont on crédite cette ville. Avec l’appui de l’Etat, dit-on ici, il y a eu les premières infrastructures. Le plus souvent dans les vieux quartiers, où tout a commencé : palais royal, Koukouet Maloum. Ce dernier est considéré comme le cœur de la ville, au vu des structures administratives qu’il abrite. Parsemées sur l’axe central, au fil duquel l’on peut déplorer une place des fêtes dégradée, à la tribune tombante, en face de la commune urbaine de Foumban. Mais alors, avant d’y arriver, on peut, tout de même, apprécier, non loin de la maison du parti Rdpc, en bonne place, le palais de justice de Foumban qui a, finalement, fait son bain de jouvence, après les actes de vandalismes qu’il a essuyés pendant les années dites de braise dans notre pays.

Evolution au numérique.
En réalité, Foumban, comme toutes les villes du pays d’ailleurs, a connu les cataclysmes de la crise économique qui ont, d’une manière ou d’une autre, ralenti son développement. Mais, de nos jours, et du côté de la délégation urbaine, l’on se bombe le torse. “C’est depuis pratiquement

l’an 2000, avec l’avènement du ministère de la Ville, qu’on a encore de nouveaux projets de routes bitumées, parce que, ça faisait une vingtaine d’années qu’on n’en avait pas eu”, estime Ngounga Mouchili Ahmadou. De là donc à dire que le tournant vers le futur est amorcé, et que Foumban entend se refaire une santé, il n’y a qu’un pas à franchir. Une cartographie numérique de la ville serait déjà disponible, et un nouveau schéma directeur devrait, d’ici l’an prochain, supplanter le plus récent qui date alors des années 1960.

Cette vision futuriste est perceptible, pour tout visiteur qui, après avoir avalé les 70 kilomètres de route au départ de Bafoussam ou les 40 kilomètres au départ de Foumbot, y atterrit. Premier constat : la gare routière a été éloignée du populeux centre urbain, question de le décongestionner. Ce projet de construction de la gare routière date des années 90. Et son desservissement par les taxis et mototaxis renforce, conséquemment, cette activité qui cherchait encore ses marques dans la ville. La création de quatre autres gares secondaires (axes Malnetouen, Magba, Bangourain, Foumbot, Bafoussam) aux sorties de la ville est aussi envisagée par la commune urbaine.

A quelques pas de là, toujours à l’entrée de la ville, le lac municipal s’ouvre à vous. Le bocage d’antan n’est plus que du passé. L’investissement tout autour entrevoit la création d’un centre d’exposition pour les jeunes artisans de la ville et la majorité des citoyens de la cité de Foumban (Tikars et Bamoun…), notamment les sans emplois, qui exercent essentiellement dans la recherche artistique. Il s’agira, d’après ses promoteurs, de créer l’interface entre ces jeunes-là qui produisent, mais qui ne savent pas comment et où vendre leurs produits, aux touristes qui affluent ici. L’idée de construction d’un marché secondaire tenaille les esprits.

Ville touristique, Foumban tient cette réputation foncièrement du palais royal, un véritable chef d’œuvre architectural qui abrite un musée historique, aux objets recherchés et artistiques. L’on peut y contempler, aisément et admirablement, le motif de serpent à deux têtes, inventé par le 11ème roi de la dynastie. Enroulé et conservé précieusement, on le déroule lors des grandes cérémonies pour servir de passerelle marcher le sultan. C’est le symbole de la double puissance, parce qu’à l’époque, explique-t-on là-bas, Mbouomboue avait vaincu deux peuples ennemis sur deux fronts différents : à l’ouest à Benka et à l’est (Pou). Cependant, l’imagerie populaire y a trouvé, à tort ou à raison, l’emblème de la trahison, de la méfiance des Bamoun.
Ville touristique, Foumban offre une panoplie de sites touristiques. Une dizaine d’hôtels, aux prix abordables, dont l’offre et la capacité en lits d’accueil ne sont pas encore dépassées. Mais dont, le personnel, quelque fois, n’a que faire de l’étranger à la peau noire. La langue vernaculaire est prise comme une langue officielle, avec laquelle tout quidam est apostrophé. En parcourant tous les coins de la “cité des arts”, l’on peut, sans se tromper, constater le degré d’analphabétisme des populations de Foumban et du Noun en général. A penser même que les enseignements dans les établissements secondaires et primaires sont dispensés en langues locales. Les populations vivent beaucoup plus des travaux champêtres et de la pêche. La culture des légumes fait l’essentiel de la production agricole.

Comme on l’a constaté, les principaux axes de développement de la ville sont concentrés sur le développement de la voirie urbaine, des axes routiers et l’aménagement des axes qui mènent aux principales infrastructures d’éducation et de santé. Une impulsion vers les Nouvelles technologies de communication avec l’installation des antennes numériques Vsat est envisagée dans les prochaines semaines. Cet essor devrait passer par la mise sur pied des connexions Internet à débit acceptable dans la ville, résolument tournée, vers la mondialisation et le modernisme.

M. Kisito NGALAMOU

Le Bleu Demandé on February 23, 2018 dans Autres.
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